Entre 2002 et 2012, plus de 200 élèves du collège Denfert-Rochereau, du lycée Jacques Amyot ont cité à la cérémonie du 11 novembre les 694 soldats Morts pour la France en précisant le jour et le lieu de décès de chacun d'entre eux. Puisse ce site permettre à nos jeunes de mieux comprendre cette tragique page de l'histoire, à nos familles de rafraîchir leur mémoire éprouvée légitimement par le temps, à nos glorieux soldats de ne pas tomber dans l'oubli.

lundi 20 mai 2013

Chapitre 1 Auxerre entre en guerre

Voici l’histoire de ces « Poilus » ainsi nommés dés le début en août 1914 et non pas au cours de la guerre pour rappeler leur visage envahi par une barbe hirsute. Dans l’argot militaire du 19e siècle, le « poilu » désigne le soldat viril  et non le soldat barbu.[1] Le « poilu » est courageux, téméraire. Certains voient même l’évocation antique du soldat athénien, combattant demi-nu dont la force et sa vaillance se mesuraient à l’aune de sa pilosité.

jeune fille aux anneaux, Haraud (Belgique, ca 1914), coll. O.Chollet


1. Après Sarajevo

 Le 15 juillet, le maire d’Auxerre fait part de quelques inquiétudes quant à la protection de sa ville. Dans une lettre[2] adressée au Colonel commandant le 4ième RI, il regrette  le départ du troisième bataillon appelé à Troyes pour remplacer un bataillon de chasseurs envoyé sur la frontière.
Le colonel Lacotte, commandant le 4ième RI (5ième CA, 9ième division, 17ième brigade) avait en effet informé[3] le député-maire, M. Milliaux,  de la baisse des effectifs de son régiment :
                                                Au 1er mai 1913                                   1er mai 1914
                                      Officiers                    49                                            39
                                      Sous-officiers            121                                          103
                                      Caporaux et soldats   1 454                                       1 375
   + On pourrait  penser que la menace de la guerre expliquerait la teneur des propos du maire. Il n’en est rien, officiellement tout du moins. Une délibération municipale du 2 juillet révèle les motivations premières. « ces réductions successives apportées dans l’effectif de la garnison portent un préjudice sensible au commerce local» !

   + En juillet, l'atmosphère générale est frappée d'insouciance. La presse s'apesantit sur le procès Caillaux au détriment des questions diplomatiques pourtant cruciales. Dans Le Bourguignonla ville d’Auxerre prépare les festivités de la Retraite-réclame illuminée  fixée au premier dimanche d’Août. « L’itinéraire suivant a été adopté : avenue Gambetta (départ de la bourse du travail) rue du Pont, Milliaux,  Chantepinot, Boulevard Davout, rue du Temple, rue de Paris, Boulevards Vauban et du Temple avec dislocation passage Soufflot. »[4] Le 25 juillet, il est même décidé de prolonger pendant 10 jours, du 1er août au lundi 10 inclus, la fête.[5] Concerts militaires, harmonie, fête foraine, bal à grand orchestre, distribution de secours aux indigents par les soins de la mairie, salve d’artillerie (le dimanche 9, place de l’Arquebuse), ascension d’un ballon piloté par monsieur Marcel DAUGY aéronaute, enfin, un feu d’artifice tiré du nouveau port (lundi 10) sont programmés. C’est seulement le 31 juillet dans sa séance du vendredi soir, que le conseil municipal décrète la suspension des fêtes d’Auxerre.[6] : « À l’unanimité, le conseil, en raison de la gravité de l’heure présente a décidé l’ajournement de toute réjouissance ».

2. La mobilisation 
« l’heure est grave et angoissante » Le Bourguignon 1er Août 1914
Soldats en papier mâché (fin XIXe siècle), collection O.Chollet
Détail du drapeau des conscrits de la commune de Carisey (Yonne), collection O.Chollet

+ Image : la première page de Le Bourguignon du Samedi 1er août : la mobilisation de l’Armée française. [7] L’heure est grave. Le journal radical-socialiste prévient ses lecteurs qu'exceptionnellement la publication du jour fait seulement quatre pages au lieu de six. 
« il nous a été impossible de paraître sur six pages, plusieurs de nos employés et ouvriers ayant été déjà appelés comme affectés à la garde des voies de communication (voies ferrées pour garantir la mobilisation)…l’heure est grave et angoissante… ». Dans toutes les rues de la ville, retentit ce lundi matin, le tambour qui annonce la mobilisation.[8] « …avec son képi et sa blouse bleue, entre deux roulements de sa caisse, (le tambour de ville) vint annoncer officiellement, de sa voix monotone, comme pour une vente aux enchères, que la mobilisation générale était commencée à partir du 2 août. (…) A partir de ce jour, la vie des familles de mobilisés changea, avec repli sur soi-même en attendant des nouvelles de l’absent. »[10] Rue des Trois Maries (rue René Laffon), dans le quartier de la Marine, le sabotier Langumier pleure à chaudes larmes en apprenant dans l’Humanité la mort de Jaurès[9]. La tragédie le touchera de plein fouet en mai 17 quand son fils aîné Eugène succombera suite à une « maladie contractée en service commandé ». 

Carte prêtée par Vincent DEHARBE,  (1ère , 2002, Lycée Vauban).
+ Branle-bas au quartier du 4 ième RI
Dés la fin juin[11] , les soldats reçoivent leur paquetage pour essayer képi, capote, pantalon rouge, veste… Dans la cour de la caserne  Gouré  sont déposées de grandes caisses… Les officiers de réserve sont convoqués fin juillet pour des marches-manœuvres.
Enfin « durant toute la journée de dimanche (2 août), les troupiers du 4ème ont préparé des cantonnements dans les locaux disponibles de la ville » pour recevoir les appelés, les  réservistes.[12] Ils sont pour la plupart des Auxerrois, des Parisiens, des Morvandiaux et des Seine-et-Marnais. Le 4ème RI double subitement sont effectifs pour atteindre les 3 000 hommes. [13] Lundi sont arrivés les contingents qui doivent former le 37ème territorial. Les hommes ont aussitôt été équipés. Le 204ime de réserve sera formé qu’en dernier lieu, annonce –t-on dans  Le Bourguignon du 3 août. C'est chose faite quatre jours plus tard, le 204ème défile dans les rues de la ville.[14]

+ organisation du 5ième Corps (Orléans) dans lequel figure les régiments icaunais
 9ième division, 17ième brigade
        1)   4ième RI (Auxerre) sous le commandement du Lt-Cl Defontaine
                        => 1er Bataillon (Camp de Mailly) Cdt Ordioni    
                        => 2ième bat. Cne Brillat
                        => 3ième bat. Cdt Lambert
           (204ième de réserve Lt-Cl Guy)
        2)   82ième RI (Montargis)
 9ième division, 18ième brigade
               113ième RI
               131ième RI
               30ième RA
               45ième RA
               6ième R Ch à cheval  
10ième division (Paris)
                46ième RI
           3)  89ième RI (Sens)
                31ième RI
                75ième RI

Le départ sous la pluie du 4ième RI et son installation face à Metz..
carte postale de Maurice POUGET, sergent au 204e R.I. « Le Régiment de Sambre et Meuse »
« Le 4ième Ri …quitte Auxerre le 5 août 1914. Malgré une petite pluie fine et triste qui tombait ce matin d’août, presque toute la population auxerroise avait tenu à dire adieu à son régiment…c’est pleins d’enthousiasme que les troupiers passent à la porte de Paris pour se rendre à la gare Saint-Gervais pour l’embarquement. Adrien Langumier[15] qui de la rue des Trois Maries accompagne les soldats  jusqu’à la gare, voit certains d’entre eux inscrire sur les wagons « Les Boches, on les aura », « Train de plaisir pour Berlin ». La musique, sous la direction de son chef M. Chalesse, jouait pour la circonstance un pas redoublé intitulé « La Victoire ou la Mort » de Chomel. Dans ce pas redoublé figuraient des airs tels que « le chant du départ » et le « chant des Girondins » dont les premières paroles de l’un sont : « la victoire en chantant nous ouvre la barrière… » et les dernières du second étant : « Mourir pour la Patrie c’est le sort le plus beau le plus digne d’envie !… ». Le refrain des tambours et clairons entre les deux airs était la sonnerie de la charge. Enfin le tout était de circonstance ! Aussi beaucoup de parents de soldats et d’auxerrois pleuraient en acclamant le régiment. »[16] 
À Troyes, le train s’arrête pour permettre au 1er bataillon de monter. Le régiment débarque ensuite à Sampigny et Lérouville dans la Meuse le 6 août. Une partie des troupes est logée chez l’habitant et l’autre au quartier de cavalerie des chasseurs à cheval. Le lendemain le 7 août, le régiment prend la direction de Woinville et s’installe défensivement face à Metz. Un soldat fait art de son enthousiasme ou cherche à rassurer ses proches dans une lettre écrite le 9 août. « Je t’envoie deux mots pour te dire que tout va bien. On est en ce moment dans la … Je te dirai qu’on entend le canon tous les jours et j’espère que, d’ici peu, nous serons aux prises avec ces chiens d’allemands. On a de la nourriture plein le corps et la rage au cœur. Si toutefois, tu vois des gens du pays, tu leur diras qu’ils ne se fassent pas de mauvais sang».[17]

 Le bureau des recrutements à  Auxerre tient un registre des insoumis. Le Bourguignon  cite les récalcitrants à l’appel de mobilisation. « La chasse aux insoumis » titre Le Bourguignon le jeudi 6 août. « Deux individus qui n’ont pas obéi à l’ordre de mobilisation et qui traînent leur oisiveté, l’un à la pêche, l’autre dans nos rues ont été arrêtés. Le premier… a été appréhendé à l’île-brûlée, le second, René François Jacquet né à Auxerre, classe 1902, a été trouvé errant quai de la République. Mais un certain nombre de rectificatifs concernant les insoumis signale que les personnes concernées ont été recrutées dans un autre régiment, ou n’ont pas répondu à l’appel tout simplement  par ce qu’ils  étaient décédés. Un avis de radiation de la liste des insoumis… « le réserviste Blachon, André, classe 1906  matricule 637 domicilié à Auxerre…signalé comme « manquant » par son corps d’affectation , le 4ème RI…décédé à Auxerre le 16 juin 1913. Avis parvenu au Recrutement ce jour…13 décembre 1914. »[18]

L’affichage des noms des insoumis : « Le ministre de la guerre a adressé aux généraux commandant les régions une circulaire où il appelle leur attention sur les dispositions de l’article 83 de la loi du 21 mars 1905 sur le recrutement de l’armée ainsi conçues : Si l’insoumis appartient à un corps mobilisé ou faisant partie de troupes d’opérations, ou si son corps est stationné sur un territoire compris dans la zone des armées, les délais fixés  pendant toute la durée de la mobilisation ou des opérations, dans toutes les communes du canton de leur domicile. En vue de l’application de cette dernière disposition, le ministre a décidé que les mesures suivantes seraient prises : chaque commandant de bureau de recrutement adressera au préfet intéressé la liste par canton des hommes domiciliés dans le département qui n’auraient pas répondu à l’ordre de convocation (sauf le cas d’excuse dûment justifiée).» [Le Bourguignon , jeudi 1er octobre 1914]

Le train du 204e ne part que le dimanche 9 août. Le vendredi à 5h du soir, dans la cour de la caserne Vauban, en présence du Général Arrivel, commandant la 109e brigade d’infanterie de réserve, le lieutenant Colonel Guy, commandant le régiment prononce une émouvante allocution : « Mes chers petits soldats, c’est avec un sentiment de joie patriotique et d’orgueil que je prends aujourd’hui le commandement du 204e .devant le drapeau, image de notre patrie bien-aimée. Je jure , en votre nom et au mien, fidélité et obéissance absolue à ses chefs. (…) Ils nous conduiront à la victoire parce que nous sommes disciplinés et pleins d’un généreux enthousiasme.
C’est aujourd’hui que s’ouvre le livre d’or du 204e. La première page sera belle, vous en prenez l’engagement devant ce drapeau… Vive le 204e ! Vive la France. »[19] Après une série d’exercices de tir et de mouvements entreprise à 5h du matin, le régiment défile dans les rues, tambours et clairons en tête par les rues du Temple et d’Egleny et le boulevard Vauban pour regagner à 9h la caserne. Une foule est accourue pour le saluer et l’acclamer. Marie Noël accoure à la caserne pour donner à « Henri » à travers les grilles du vin, du veau froid et un paquet de cure-dent. « Le soir, de notre cour, entendons la Marseillaise à la gare, mêlée aux sifflements des trains ».[20]


3. Une ville paralysée… qui garde son sang froid

« À Auxerre, plusieurs usines sont déjà fermées.…La population ne perd pas son sang froid. Malgré les appels adressés à des hommes de la classe libérée en novembre 1913 et à des territoriaux pour la garde des voies de communication, il n’y a aucune panique. On prend des précautions  mais le calme subsiste ».[21]
Un registre est ouvert à la mairie dés le 5 août pour recueillir les demandes et les offres de travail. Les femmes des soldats sur le front ou des réservistes placés dans un régiment territorial,  sont invitées à venir s’inscrire pour trouver un emploi. Enfin, les propriétaires, les commerçants et les industriels peuvent faire leur proposition. [22]
Dés le vendredi 14, l’usine Guilliet parle de rouvrir le lundi suivant.[23] Les ouvriers sont invités à se présenter dés 8h du matin pour étudier la possibilité de reprise du travail. « Le travail dans les usines : Le travail a repris aux usines Guilliet à raison de 6 heures par jour pour les ouvriers présents à Auxerre ou qui n’ont pas été touchés par la mobilisation. Il serait préférable pour ceux des ouvriers ayant trouvé de l’occupation en campagne qu’ils conservent cet emploi : leur place est gardée à l’usine et ils la reprendront dès que les évènements ramèneront une marche normale du travail. »[24]
Le groupe socialiste qui a tenu une assemblée dans la Grande salle de l’avenue Gambetta, a rendu hommage à la sagesse des gouvernements français et anglais et à tous les parlementaires de l’Yonne pour les efforts pour le maintien de la paix. « M. Boullé, maire de Vincelottes exhorte tous les assistants, si le moment de partir arrive, à faire leur devoir de français ».[25]
 Aussitôt le directeur de l’asile d’aliénés  propose aux femmes des mobilisés de venir travailler comme surveillantes dans ses bâtiments.[26]
« Tous les bateaux en circulation sont arrêtés. Pour l’Yonne, les services compétents ont fait diriger sur les centres les cargaisons de bois, charbons, pierres pour les routes, denrées alimentaires. Ainsi un bateau contenant 45 000 kilos de produits alimentaires d’épicerie venant de Laroche, est arrivé dimanche (2 août) à Auxerre. Deux bateaux de charbon vont arriver incessamment à Auxerre. Ils en contiennent l’un 160 000, l’autre 200 000 kilos ».[27]
Auxerre : « tout est parfaitement tranquille. Les services militaires et les gardes civils fonctionnent avec activité et n’ont eu à s’occuper, jusqu’à présent d’aucun fait grave. La ville est parfaitement tranquille et la confiance doit régner. En passant coupons les ailes à un canard (rumeur) : l’arrivée à la prison d’Auxerre de 150 apaches[28] arrêtés à Paris ».[29]


4. Une municipalité mobilisée

Réquisitionner 
La ville est préoccupée par l’approvisionnement des soldats, des familles de mobilisés, des émigrés. Il faut réquisitionner pour équiper l’armée, pour loger les compagnies du 37ème territorial d’infanterie qui prennent pied dans la ville. On sent une véritable effervescence. Les  soldats mais aussi des officiers placés ici et là semblent omniprésents. Ce soir la 15ème Cie dort au cantonnement Vaulabelle (Usine Guilliet), demain elle part s’installer route de Monéteau…
Les frais  d’hébergement reviennent à l’Etat pour les troupes placées dans des édifices publics et à la ville pour les troupes chez des particuliers. Le chauffage et l’éclairage préoccupent les officiers soucieux d’un minimum de confort pour leurs hommes, mais aussi le conseil de la ville principal débiteur.

Réquisition de lits militaires :
Plusieurs compagnies  du 37ème régiment territorial d’infanterie campent dans la ville à partir de la mi-août.  Les 18 officiers sont logés chez des particuliers , les sous-officiers et les soldats sont placés dans des cantonnements.
Les officiers : Les 18 officiers d’administration s’installent pour une durée indéterminée (quelques jours, plus d’un mois) dans des hôtels, Hôtel du Chemin de fer, Hôtel de Bourgogne[30], mais aussi chez des particuliers, comme chez Madame Monne, 3 rue Cochois [31].














Deux compagnies  s’installent pour une longue durée : les deux compagnies spéciales. La 1ère  Cie spéciale est rue de la gare  chez Mr Geste ( entre 250 et 300 hommes). La 2ème Cie spéciale se partage entre trois maisons (Mr Hernant, Mr Harant et Mr Renard). Les 13ème, 14ème  et 15ème Cies comprenant chacune plus de 300 hommes s’installent au Patronage Jeanne d’Arc (rue Michelet) au Patronage laïque (rue Saint-Pélérin), place Lebœuf chez l’abbé Deschamps et dans les usines Guilliet après avoir passé quelques nuitées ici et là dans la ville.
Enfin l’entreprise Guilliet semble fournir le plus gros des efforts puisque durant les quatre premiers mois de la guerre, il y a quasiment en permanence des troupes qui y logent.         
Le commissariat de Police établit une liste des logements encore disponibles dans la ville (aux adresses correspondent le nombre de soldats pouvant être reçu).




Réquisition de marchandises pour les troupes cantonnées à Auxerre :
(image : Couverture du cahier : Etat des frais de chauffages d’éclairage et de cuisson des aliments à payer pour les différents cantonnements d’hommes de troupe pendant le mois d’août-septembre-octobre-novembre-décembre 14.)[32]

La 2ème Cie spéciale du 37ème RI se plaint des mauvaises conditions de son logement, 7 route de Lyon (Maison Ternant) et avenue Gambetta (Maison Harand). Le capitaine, commandant cette compagnie, dans une lettre datée du 21 novembre invite la mairie à leur procurer fil de fer, pailles, clous, crochets, carton bitumé pour fabriquer des paillassons « pour préserver du froid les hommes qui couchent dans des greniers couverts de tuile ou qui mangent dans des hangars non fermés ».[33] De même pour la maison Geste, avenue de la Gare où est hébergée la 1ière Cie spéciale, le capitaine souhaite construire un escalier pour remplacer l’échelle « en mauvais état … pour éviter des accidents…dans le va et vient journalier des (100) hommes qui montent et descendent une mauvaise échelle ».

(image : Bon de bois pour le 37ième territorial, 1ière Cie spéciale)

Réquisition de marchandises pour le front :
Le Bourguignon, 3 août 1914
 « Les fournitures pour l’Armée.
 À Auxerre
Le maire de la ville d’Auxerre informe la population que, pour assurer le ravitaillement des armées et des places fortes, la commune d’Auxerre doit livrer à la commission de réception :
Pour le jeudi 6 août à 7 heures du matin, 100 quintaux de blé dont le pris sera immédiatement payé à raison de 35 francs le quintal métrique de 100 kilogrammes. La fourniture devra être rendue à la gare Saint-Gervais.
Pour le dimanche 9 août, à 3 heures du soir, 4 millions d’allumettes, à livrer au même endroit.
Les personnes qui pourraient faire ou participer à ces fournitures sont invitées à faire connaître d’urgence, à la mairie, les quantités dont elles disposent.
Un registre est ouvert pour inscrire les quantités que chacun peut livrer
Les personnages qui  feront des offres après que ce contingent aura été atteint sont prévenues que ces offres ne seront acceptées qu’autant que le contingent serait augmenté par le président de la commission de réception.
Dans le cas des offres n’atteindraient pas les quantités ci-dessus, il y serait pourvu par voie de réquisition ».



                                     
Le Bourguignon, 5 août 1914
« Ravitaillement militaire 
Le bureau de ravitaillement ( centre N°1) sera à partir de jeudi matin, installé dans la gare de chemin de fer d’Auxerre à Joigny, avenue de la Tournelle, près de la gare Saint-Gervais. »


Les prix fixés par l’administration militaire mécontentent un certain nombre d’Auxerrois. Le maire Milliaux informe le juge de paix au Canton-Est qu’un fournisseur a refusé d’accepter les prix  fixés par le service de l’Intendance pour les denrées qu’il a livré.[34]
            
Un document tiré du « Service des vivres » datant des 8-11 août fait état des habitants de la ville qui ont droit au paiement de prestations fournies par suite de réquisition. Les quatre personnes concernées refusent  l’indemnité proposée.

MM.
Somme demandée (francs)
Somme accordée
différence
 DIJEAUX
639, 25
610
29, 5
ARMAND
929, 5
822, 5
107
JEAMIOT
1 333
1 152, 5
180, 5
COFFRE
625
625
0
Total



                                      D’après AMA, 4 H6 « Service des vivres »

 « Service des transports »[35]
Dans les premiers jours qui suivent  la mobilisation, quelques magasins, garages sont réquisitionnés : enveloppes (lisses, ferrées, renforcées ou à semelles) et chambres à air pour pneus d’automobiles, enveloppes et chambre à air de bicyclettes… fournitures de bicyclettes, locations de voitures automobiles, attelées avec chauffeur pour une à quatre journées. Sans oublier les accessoires : lanternes, bidons de pétrole, charbon de terre, paille , bâche, harnais….
Les besoins sont d’autant plus urgents que les objets réquisitionnés ne sont pas aussi nombreux que ce qu’on espérait. Quand le lundi 3 août au matin, le lieutenant-colonel commandant le 4ime de ligne fit battre un ordre de réquisition visant les bicyclettes des particuliers, il ne pouvait s'attendre à ce que seulement 60 des 300 bicyclettes portées par des particuliers et des négociants, à 2 heures, sur la place de l’Arquebuse, soient valides, bien équipées et sans parties fragiles.[36]
                                     
 Réquisition des chevaux :  
La réquisition des chevaux n’est pas sans conséquence sur la ville. La Compagnie des Omnibus qui assurait le liaison entre la gare Saint-Gervais  et la gare des Migraines et qui louait calèches landaus et fiacres pour les cérémonies est condamnée à fermer. Les cochers sont mobilisés et les chevaux réquisitionnés[37].

Réquisition pour les familles des mobilisés.
Les produits de premières nécessités (pain, lait, viande, essence…) sont réquisitionnés par la ville et redistribués aux familles qui viennent d’embrasser probablement pour la dernière fois leur enfant chéri, leur frère, ou leur père parti sur le front.
La ville tient un registre des Dépenses résultant de la mobilisation générale de 1914 sur lequel elle indique que les dépenses exceptionnelles seront "imputées sur le reliquat de la somme de 1423 000 francs affectée à l’adduction de nouvelles eaux." [38]
Le « fourneau économique » où travaillent des personnes employées par la commune, est ouvert dés  le début de la guerre  pour préparer la nourriture aux familles des mobilisés, des chômeurs et des réfugiés évacués des places fortes.[39] Du 27 août au 10 septembre, 4 342 repas seront servis à raison de 0,75 francs (3 256 francs).

Les réfugiés
« Une quarantaine d’habitants des Ardennes et de l’Oise sont arrivés vendredi à Auxerre. Ils ont été restaurés par les soins du Bureau de bienfaisance
et ceux qui n’ont pu trouver asile auprès de nos concitoyens ont été conduits à l’école de garçons du quartier de Paris. » Le Bourguignon, vendredi 4 septembre 1914 

Ravitaillement de la ville :
Un comité spécial chargé d’évaluer les quantités de denrées de premières nécessité pour ravitailler la ville est mis sur place, dans les premiers jours par la municipalité.[40]
Le temps des repas copieux n’est plus qu’un vague souvenir.  Quand le bourrelier-sellier Panneton du 144 rue de Paris finissait un bon repas plus étoffé que de l’ordinaire,  ce qui n’était pas chose courante évidemment, il concluait toujours en s’essuyant sa moustache par « Encore un que les Prussiens n’auront pas »[41]. Depuis août, même si on s’évertue à laisser croire qu’il n’y en a que pour quelques mois, le temps des sacrifices a sonné. Le clairon de la caserne Vauban le rappelle. Dans la rue du Grand Caire,  dans la rue française, s’engouffre la sonnerie du sacrifice qui roule jusqu’aux rues de Paris et d’Egleny.



5. Une ville disposée à accueillir ses héros blessés

Hôpital mixte place Saint-Germain

Dans les villes de garnison dont l'effectif dépassait les 300 hommes, des salles sont réquisitionnées dans les hôpitaux civils.L'hôpital mixte d'Auxerre a une capacité d'accueil de 250 à 290 lits. 
Installation d’hôpitaux temporaires, auxiliaires…

Hôpital complémentaire n°14 (lycée de filles, rue Michelet)
Contenant 280 lits, il est ouvert du 5 août 1914 au 31 août 1916. 

Hôpital temporaire n°16 Collège  Paul Bert d’Auxerre (Lycée Jacques Amyot)
Il contient 150 lits mais un appel est lancé le 19 août pour l’équiper en draps et linges. Le lendemain , Le Bourguignon transmet les remerciements pour draps et chemises qui ont été remis par le Comité auxerrois de l’Union des femmes de France qui centralise les  fournitures déposées généreusement par les particuliers ou les communes voisines.

Le Bourguignon, vendredi 4 septembre 1914:
(rubrique) Nos blessés
« Quelques blessés ont été admis, jeudi et vendredi, aux hôpitaux temporaires du collège et du lycée d’Auxerre. »

À la rentrée scolaire, en octobre les cours sont donnés dans plusieurs endroits de la ville : palais de Justice, au domicile des retraités rappelés à l’activité.

Le Bourguignon,  16 septembre 1914 : 
« Deux décès viennent de se produire parmi les blessés hospitalisés à Auxerre. Le premier à l’hôpital temporaire du collège, celui d’un jeune homme de 18 ans, Joseph Antonini, d’Evisa (Corse), soldat au 4e  d’infanterie coloniale  (…) »

Le Bourguignon,  24 octobre 1914 :  
« Dans les papiers du soldat Joseph Antonini décédé à Auxerre (hôpital temporaire n°16), on a trouvé la lettre suivante que lui avait adressée son frère le premier jour de la mobilisation :
Tunis, 2 août 1914,
Mon cher frère,
Je ne t’envoie rien, je n’ai pas encore touché mon mandat et suis obligé de partir à midi à Bizerte rejoindre mon poste de combat.
Dès que je l’aurai touché, je t’enverrai une vingtaine de francs. Je n’ai pas un sou en poche, exactement 3 francs.
Sois courageux et ne manque pas de servir la Patrie, notre mère à tous, avec fidélité et honneur. Sois toujours aux premiers rangs et tire en visant bien sur ces sales Allemands. Nous vaincrons et crie avec moi : Vive la France ! Rien n’est plus beau que de mourir pour la Patrie, pour cette belle France ! je t’embrasse affectueusement. Jacques ANTONINI ».

Il contiendra jusqu'à 214-234 lits. Il est ouvert du 15 août 1914  au 26 juillet 1916. 

Hôpital temporaire n°34 Ecole normale d’instituteurs
Son existence est signalée dans la parution du mercredi 19 août de le Bourguignon.
Les élèves sont contraints de s’installer au Casino et ce jusqu’en avril 1919.[45] Il a une capacité de 201 lits. Il est ouvert du 31 août 1914 au 31 décembre 1918. Il détient une annexe de 30 lits à Châtel-Censoir au moins jusqu'au 25 août 1915. 

Hôpital complémentaire n° 84 avenue Denfert-Rochereau  ( dans la caserne du 4e R.I.) Il continent  240 à 320 lits. Ouvert  probablement en fin 1916, il fonctionne jusqu'au 23 juillet 1919. où plusieurs décès seront signalés en 1918.

Hôpital temporaire n° 107 école normale d’institutrices, rue des Moreaux.[46]
Il est aménagé en fin août grâce aux soins du Comité auxerrois de l’Union des femmes de France et à la générosité des communes de l’arrondissement.  Il compte 140 lits ( de 100 à 181 lits). il est ouvert du 13 septembre 1014 au 12 décembre 1917. 


La Croix rouge française et l’Union des Femmes de France sont représentées par un Comité à Auxerre qui procède à l’organisation de son hôpital auxiliaire. « Seuls les draps manquent ; il est fait appel au dévouement patriotique de toutes les Françaises ».[42]
 
drapeau de petite dimension, collection O.Chollet
Le mercredi 12 août le Comité d’Auxerre de l’Union des femmes de France lance un appel. Venant d’obtenir l’autorisation de détenir un plus grand nombre de lits, ce comité invite la population à venir prêter des lits en fer ou des lits cages disponibles. Marie Noël dénonce la précipitation d’un grand nombre de femmes de bonne société qui se bousculent par « amour-propre » au lieu d’agir avec raison dans la plus grande efficacité : « En somme, on se jette sur le dévouement pour passer les heures lourdes et tromper le besoin d’agir. Ça se calmera ? Auprès des ambulances préparées, même activité, pas toujours raisonnable – et querelles d’amour-propre. Chacun voudrait porter le « fameux costume », on voudrait être infirmière sans « capacités » et on n’accepte pas les besognes de filles de salle. Ça s’arrangera »[43]
L’historienne Stéphanie PETIT[44] analyse autrement l’attitude des femmes de soldats. Elle constate chez elles un sentiment de culpabilité ou de responsabilité. Leur mari ne se sacrifie-t-il pas pour elles qui en raison de leur statut même de femme, ne peuvent pas prendre les armes ? Leur mari ne se sacrifie-t-il pas pour les protéger de l’ennemi menaçant ?

Les malades étaient évacués des armées directement vers cet hôpital, centre d'observation et de traitement du 3e puis du 4e secteur médical. 

La notification de fermeture du 8 septembre 1916 a été annulée le 28 septembre suivant. C'est l'hôpital complémentaire n°16 qui est à cette date fermée. 

4 avenue de Paris (Hôpital psychiatrique)  



6. Une population sous surveillance et au patriotisme exacerbé

Surveillance renforcée des gardes civils.
Les « anciens combattants » se constituent gardes civils. Ils sont convoqués à une assemblée extraordinaire le lundi 3 août à 8h et demi, maison Soufflot, en vue de fonder une section de garde civile. [47] Au nombre de 100, « les gardes portent un brassard vert foncé avec un numéro brodé en laine noire et une étoile blanche. Ils sont chargés de maintenir l’ordre dans les agglomérations. À Auxerre, ils sont sous l’autorité du préfet et non celle du maire. Les divers postes institués sur le territoire d’Auxerre changent chaque jour de façon à dérouter le mieux possible les malfaiteurs. Détail qui intéressera peut-être les maraudeurs… les individus arrêtés seront écroués à la prison militaire et jugés par la cour martiale –tribunal militaire qui ne passe pas précisément pour très tendre. »[48]

La présence de cette garde ne semble pas inutile. D’après les rapports de la presse, un certain nombre de réservistes ou d’appelés errant dans la ville sont facilement la proie des malfaiteurs. On peut toujours lire dans Le Bourguignon  du mardi 4 août le fait divers suivant :
«  un mobilisé qui se fait entôler. Un brave mobilisé, habitant le canton de Seignelay, errait sans but aux alentours de la caserne Vauban, lorsqu’il fut abordé par un individu qui l’invita  instamment à venir coucher chez lui, rue Fauche, 2 ; À la fois confiant et naïf, notre homme acquiesça.
Arrivé, rue Fauche, l’individu fit entrer le troupier dans une pièce où se trouvaient deux pierreuses[49], puis boucla la porte. Aussitôt ; d’une pièce voisine surgirent deux individus armés de couteaux menaçant le pauvre homme, ils l’obligèrent à vider son porte-monnaie où se trouvaient de l’or.
Les auteurs… ont été conduits à la prison militaire. Ce sont : Alexandre Roux, 18 ans originaire de Treigny…Gaston Journeux, 28 ans, de Corbeil (Seine-et-Oise) couvreur. C’est Journeux qui s’était chargé d’attirer le réserviste dans ce guet-apens… »
 Ce sont encore les gardes communaux qui trouvent un abris à des « réservistes et des territoriaux arrivés à Auxerre mardi soir à 10 h et qui erraient sans but dans les rues à 3h du matin».[50]


Contrôle de la circulation.

Lettre du 12 octobre du préfet au maire… « redoubler de surveillance à l’égard de la circulation des automobiles…établir sur les principales routes traversant la ville des barrages au moyen de chaînes avec un éclairage au moyen de lanternes pour la nuit… »[85]

La surveillance étant garantie par les gardes civils de la ville d’Auxerre, le préfet exige la suppression des services de gardes des hameaux voisins.

Lettre[86] du préfet du 13 octobre 1914 adressée au maire: «les routes principales aboutissant à Auxerre seront gardées. Le service des gardes civils des hameaux de Jonches et de Laborde n’a plus sa raison d’être.»


Manifestion de patriotisme : le déplacement des foules
vendredi 5 août
Pour la remise du drapeau au 204ème de réservistes : «  Le régiment a défilé dans un ordre parfait sous l’ovation de la foule amassée aux abords de la caserne. On apprend ensuite que le régiment le lendemain matin dés 5h, se rendit au terrain de manœuvres, …  La musique du 4ème  a donné dimanche (2 août) un concert qui s’est borné à l’éxécution de l’hymne national russe, l’hymne national anglais et de La Marseillaise. L’assistance a applaudi avec enthousiasme.» [51]

samedi 8 août 
L204ème« régiment, tambours et clairons en tête, a regagné la caserne Vauban à 9h, en traversant la ville. Fièrement, allègrement, les réservistes ont défilé par les rues du Temple, et d’Egleny, et le boulevard Vauban, salués, acclamés par la foule accourue.…»[52]

L'excès de patriotisme : la suspicion et la calomnie
mardi 11 août 
Le journal regrette l’effet néfaste de la rumeur…:
« Il est plus que déplorable que dans un but que nous n’approfondirons pas, on essaie de ternir des gens honorables. M. Hermann[53] proteste énergiquement contre les bruits infâmes qui circulent. Son père a fait son devoir en 1870, et lui-même est actuellement sergent au 37ième territorial d’infanterie. Quant à son frère, il est rentré du Maroc et a rejoint son corps ».[54]

Le professeur d’allemand du Collège d’Auxerre est à son tour victime de calomnies. « M. Berland nous prie de faire savoir que, mobilisable, il est rentré en France pour faire son devoir et n’attend à son domicile qu’un « nouvel ordre » pour partir. »[55]



extrait de Le Bourguignon,



La présence des réfugiés :
Les premiers réfugiés déclarés d’après la presse locale arrivent à la fin du mois d’août. Le samedi 29, très exactement,  on signale la présence dans notre ville de huit réfugiés des Vosges et de Meurthe-et-Moselle, arrivés la veille, à 1h du matin « accueillis à l’école des garçons de Paris ».[56]

jeudi 3 septembre : 
Henri Panneton se souvient. « des voitures de réfugiés belges  commençaient à défiler dans la rue de Paris, devant la maison de mes parents. Ces véhicules étaient lourdement chargés de matelas, meubles, objets divers, femmes et enfants, le conducteur à pied à côté du cheval.»[57] Le Bourguignon relate : « Quelques équipages belges –longues charrettes aux roues élevées, fort bien attelées - ont longuement stationné, jeudi après-midi à Auxerre sur la place Saint-Eusèbe. Il y avait là quelques familles de propriétaires agricoles qui avaient fui dés l’entrée des Allemands dans la « trouée de Chimay », en abandonnant à l’ennemi leurs biens et leurs maisons. Après avoir été restaurés au Fourneau économique, ils ont gagné Gy - l’Évêque pour y passer la nuit de jeudi à vendredi. Ce convoi comprenait 37 personnes. Les réfugiés arrivés à Auxerre par le chemin de fer n’ont pas été moins bien traités. Quelques uns de nos concitoyens en ont momentanément adoptés, les autres ont trouvé asile à l’école des garçons du Quartier de Paris…»[58]  Bougies, allumettes et savon sont fournis aux écoles de Paris et du Temple, aux frais de la ville.[59]




vendredi 4 septembre : 
« 40 habitants des Ardennes et de l’Oise, arrivés vendredi à Auxerre …ont été restaurés par les soins du bureau de bienfaisance…ont trouvé asile auprès de nos concitoyens … ou … (école) de Paris »[60]. Dans les notes historiques du 4ième RI[61], les soldats croisent dans l’Argonne ces réfugiés « Nous traversâmes de nombreux villages d’Argonne, les routes commençant à être encombrées d’habitants fuyant devant l’invasion, emportant, dans des charrettes ou, à défaut, dans de modestes brouettes, leurs biens les plus précieux. Certains emmenaient avec eux leur bétail. » Marie Noël loge le 8 septembre cinq réfugiés de Sézanne, un régisseur, sa femme, son fils, et ses servantes.[62]

dimanche 6 septembre : 
200 employés de la Compagnie de L’Est avec leurs familles sont arrivés à Auxerre…ils sont hospitalisés et nourris par la ville. D’autres, de l’Oise, de l’Aisne, de la Seine-et-Marne et du Nord seulement de passage sont également accueillis.

L’accueil qui leur est réservé est excellent. M Félix Danloup, sous-chef de gare à Mohon (Ardennes) qui avec une cinquantaine d’employés, a été nourri au Fourneau économique, a fait au commissariat de police la déclaration suivante : « depuis notre départ, le 25 août, c’est la première fois que nous avons été aussi bien reçus… »[63]

Le flux de réfugiés est tel, que la mairie met en place un Comité municipal chargé de loger les réfugiés et de récolter les équipements pour les loger dans les locaux de la ville. [64]  Marie Noël écrit dans son journal le 8 septembre, « on ne reconnaît plus la ville – plus d’étrangers que d’indigènes-. »[65] 
On signale le mercredi 9 septembre l’arrivée de 20 indigents, recueillis par les soins de l’autorité municipale. Certains s’égarent, des avis de recherche sont lancés. « M. Gabriel Dominé, recherche ses parents dans Auxerre ».[66] Ce même jour où les Noël accueillent 5 réfugiés de Sézanne, quatre voitures d’émigrants stationnent devant leur porte : « des ouvriers de Rethel (…)une vieille de 80 ans – une jeune femme près d’accoucher. »[67]
« Tous les jours il passe dans une rue tout près de chez nous des voitures pleines d’émigrés Belges et d’habitants du nord. C’est un triste spectacle ».[68]
Le 9 novembre 1914 [69] le ministre de l’Intérieur envoie un télégramme au préfet pour lui faire connaître le nombre de lits pouvant être affectés à des vieillards, infirmes et enfants belges et français évacués par suite de bombardements ou faits de guerre. Le préfet estime disposer de 84 lits dans plusieurs hôpitaux (Chablis, Courson, Vermenton, Thisy, Sens, Pont-Sur-Yonne) Noyers) (lettre du 5 décembre 14).  Par une lettre du 5 décembre 1914 le directeur de l’Orphelinat laïque de L’Yonne (1 avenue Denfert-Rochereau / collège Denfert-Rochereau actuel) rend compte au préfet : « En réponse à votre note du 30 novembre dernier relative à l’hospitalisation possible d’enfants émigrés, j’ai le regret de vous faire connaître que l’orphelinat ne dispose pour ainsi dire plus d’aucun lit et que tous les locaux utilisables en dortoirs étant occupés, il ne paraît plus possible d’augmenter le nombre de lits. (signé) Felim ». De toute évidence, l’orphelinat devait également prévoir l’entrée d’enfants de famille brisée par la guerre. En avril 1918[70], les enfants d’un soldat mort de maladie sont placés à l’orphelinat départemental.


    7. Peur, angoisse, douleur… des familles touchées… et    une ville endeuillée

Les témoignages des réfugiés qui traversent la ville ou qui séjournent quelques jours avant de poursuivre leur périple vers la Nièvre, ou regagner leur pays, appuyés par ceux qui ont été publiés dans la presse, ont probablement saisi d’émotion nos familles qui ont un enfant sur le front.   
Les premières lettres qui parviennent jusqu’ici ne peuvent cacher la dure réalité malgré le ton rassurant de chacune d'entre elles: Marie Noël note pour le 24 août 1914 « Lettre chez les Hugot, du jeune artilleur (Alfred Hugot, mort en 1919 à Beyrouth) très réconfortante, après beau succès, mais succès presque individuel pour son régiment et de peu de portée dans la vallée de la Bruche. »[71]
L’arrivée le dimanche 6 septembre de gradés et soldats du 4ème RI déclarés « momentanément épuisés…envoyés pour quelque temps au repos » a probablement été très remarquée dans les maisons. « Le capitaine Liautard, du 4e de ligne, blessé le 22 août en Belgique, et qui, depuis était resté vaillamment à la tête de ses hommes, a dû momentanément abandonner son service. M. Liautard a regagné Auxerre où la guérison de ses blessures se poursuivra rapidement. »[72] Faute de nos nouvelles, la presse fournissant peu d’indications précises sur les combats et encore moins sur le 4ème RI, les familles durent quérir des renseignements auprès de ceux qui avaient le bonheur d’être de retour au pays. Probablement, les tristes faits d’armes de la bataille de Signeulx  (Combats de la Woëvre) ont retenti dans chacune des maisons de la ville.[73]
La mairie est alors assaillie par les familles en quête d’information rassurante sur leurs enfants.
 « Avis aux familles de soldats :
 Beaucoup de personnes sont venues demander à la mairie si l’administration municipale est en possession des listes des soldats morts ou blessés. Le maire déclare que jusqu’alors, il n’a reçu aucune liste ni indication à cet égard. Dès que les avis lui seront parvenus, il les portera immédiatement à la connaissance des familles intéressées. »[74]

Le père d’Henri et de René Panneton « allait tous les jours lire le communiqué des armées affiché à la mairie. »[75]
Un auxerrois déplore sur une carte la lenteur du courrier. « Les lettres sont si longues à arriver. Avant de quitter la poste d’Auxerre, elles restent plusieurs jours, je ne sais donc pas qu’en (sic) tu vas la recevoir. Nous avons appris indirectement qu’ils (chasseurs à pied de Troyes) avaient quitté Troyes pour Bourges car Troyes n’est pas très éloigné du théâtre de la guerre. »[76]
Le facteur des « Postes et Télégraphes » en passant trois fois par jour[77] attise cet angoisse. Certes l’une de ses tournées est réservée aux imprimés, mais peut-être a-t-il commis un oubli ? Une carte, une lettre est si facilement égarée.

Albert Croiziard  de Saint-Bris , brancardier dans la 33e division (17e corps) informe sa femme du pitoyable état dans lequel est resté le pays après le passage des Allemands.
« Lettre du 15 septembre 1914
Ma chère Emilie
Je suis toujours en bonne santé, mais ne reçois toujours pas de nouvelles de lui. Je n’ai encore reçu qu’une lettre, mais il ne faut pas que je me plaigne puisque les autres n’en ont pas encore reçu.
Les Allemands reculent, et nous traversons les pays qu’ils ont envahis. Ce n’est pas un beau spectacle ce n’est que pillage et incendie. Je ne les aurai jamais cru pareils à de tels actes au siècle où nous sommes, ils ne devaient pas en faire autant en 70 et les pays où ils sont passés sont à plaindre. Je t’écris ma lettre à l’entrée d’un pays tout fumant de décombres ou pas une maison est debout.
J’ai eu le spectacle d’un champ  de bataille au lendemain, ce n’est pas gai non plus. Enfin en ce moment ils sont battus partout et se sauvent au plus vite il faut espérer qu’ils seront bientôt écrasés à tout jamais et que ce soit fini.
Bien le bonjour à tous
Mille baisers affectueux pour Raymonde et pour toi
Ton petit mari qui pense à toi
Albert 
Au moment de finir ma lettre je reçois la carte du 30 août. Je suis heureux que la santé ne va pas plus mal c’est le principal.
Bons baisers
Albert »

 L’invasion de la Belgique racontée par deux témoins auxerrois dont la fille de l’archiviste Porée cf Le Bourguignon 23 septembre « Odyssée de Guerre de deux Auxerroises… »

Journée du Drapeau belge : 1er décembre 1914. 
Pour une ovation en l’honneur de la Belgique, la mairie commande 90 douzaines de drapeaux belges. 
Des établissements comme l’Ecole de Paris (directeur Mr Pinon), et l’Ecole du Temple sont réquisitionnés pour loger les émigrés.[84]

coll. Musée de Joigny



8. l'accoutumance au macabre...

De la peur, de l’angoisse on passe à la douleur. Le mercredi 9 septembre a eu lieu la première sépulture d’un soldat « Mort pour la France ». À présent, il faut se résigner au deuil.
coll.Musée de Joigny




« Lucien Boé.  Les obsèques du soldat, Lucien BOE  du 214ème d’infanterie mort du tétanos[78] à l‘Hôpital temporaire du Collège d’Auxerre, ont été célébrés mercredi à 4h.L’officier gestionnaire de l’Hôpital n’avait rien négligé qu’imposent les circonstances.
Des couronnes et des bouquets avaient été déposés sur le cercueil au nom du personnel de l’Hôpital où BOE vécut ses derniers moments, et par le personnel du Collège uni à quelques voisins. Une foule émue  – dont des délégations des hôpitaux  temporaires du lycée et de l’école normale d’instituteurs - suivait le convoi. Le corps de Boé repose en terre respectée au cimetière d’Auxerre.
…Au départ, le général Vonderscherr avait, en quelques paroles émues, salué la dépouille du soldat Boé, le premier enfant de la patrie mort à Auxerre. »[79] 

Le journal omet de préciser qu’une sépulture a été dignement célébrée dans la cathédrale par le vicaire Deschamps…
          Enfin, signe des temps, le journal Le Bourguignon ouvre en début septembre une nouvelle rubrique «Nos Tués, nos blessés». Mais cette rubrique suffit-elle à rassurer les mères comme les épouses ? Le silence des soldats sur le front, l’annonce tardive d’un décès, le signalement des « portés disparus », tout concourt à affaiblir les épouses touchées par une « inquiétude pathogène » proche de la « névrose d’angoise »[80]. Quand le distributeur du « Bourguignon » passe dans les rues en criant « Guignon, Guignon », combien se précipitent pour saisir l’information si infime soit-elle ? En octobre, la rédaction doit faire passer un encart pour clarifier la situation : des familles ne comprennent pas que certains noms n’y figurent pas. « Quelques familles s’étonnent que nous ne relations pas les décès de ceux des leurs qui sont mors pour la Patrie. Nous croyons utile de leur faire observer qu’aunce autorité officielle ne nous informe des décès et que la Censure ne nous autorise à publier que les renseignements communiqués à cet égard par les familles elles-mêmes. »[81] Un contraste est fort entre la liste exhaustive des premiers mois et bien maigre dans les trois dernières années. Au début les habitants demandent la parution de l’acte de décès de leurs enfants mais aussi d’un neveu qui a plus ou moins vécu à Auxerre. Après 1916, la population « de guerre lasse » ne cherche plus à exposer son sacrifice et préfère garder pour elle sa douleur.




Enregistrement à l’Etat civil de la ville d'Auxerre des décès de réfugiés:
19 septembre 1914, 9h du matin décés…, PATEZ, Auguste (53a)  né à Villers-Cernay (Ardennes) 22/4/1861, manœuvre célibataire…de passage à Auxerre décédé Place Saint-Germain n°2bis [82]
19 septembre 1914 Gaston GILLOT, à midi…né à Coupéville (canton de Marson –Marne-) sans profession époux de Louise Delachapelle…de passage à Auxerre + place Saint-Germain n° 2bis.
26 septembre 1914 : Anna Gravelle 8h du matin née à Monceau (prov. De Namur Belgique) épouse de Istace Arthur, facteur des postes, domicilié à pete Fays (prov. Namur) de passage à Seignelay  place Saint-Germain n°2bis à l’Hopital mixte…
4 novembre 1914 : Mohamed Ben Abdalla 4h du matin « sans renseignements » sur son état civil,1er rég de chasseurs indigènes première section de mitrailleuse, Hop. temp n°34 (école normale d’Instituteurs, avenue Pasteur).


Arrivée de blessée

12 septembre 1914  Le Bourguignon annonce que « des convois de blessés sont attendus à Auxerre. Nos soldats trouveront, dans les hôpitaux de la ville, les très bons soins que permettent un personnel médical d’élite et des agencements parfaitement compris. Le recul des troupes allemandes laisse envisager, pour Auxerre, le grand calme et la quiétude : c’est dire que les blessés militaires ne manqueront de rien. »

27 septembre 1914[83] Le médecin major Bonnet, médecin chef de la place d’Auxerre informe le préfet de l’évacuation de 260 blessés « J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’un convoi de 260 malades ou blessés est arrivé à Auxerre hier, à 1h30 de l’après-midi, venant des Aubrais. Ces malades ou blessés ont été répartis entre les différentes formations sanitaires de la ville. »



le glas à la cathédrale:
9 septembre 1914 :      sépulture à la cathédrale de Lucien BOÉ ( Hôp. N°16)
11 septembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Germain MIQUEL (Hospice, 30 ans)
12 septembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Mathieu BERCHON (Hôpital temporaire n°16 du Collège)
13 septembre 1914 :    sépulture à la cathédrale Auguste VIRLEGER (Hôp. N°16)
17 septembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Joseph ANTONINI et de Louis BESACE  (Hôp. N°16)
19 septembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Louis-Joseph BAURÈS…
28 septembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Fernand LETRIQUE …
30 septembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Jacques BLANCHET et de VERLHAC…

3 octobre 1914 : sépulture à la cathédrale du capitaine Albert WILLÈME, de Pierre-Marie GASTIN, Lucien BOUGANET…
4 octobre 1914 :          sépulture à la cathédrale de Alain COULON et de Jules Auguste BULLOUT
7 octobre 1914 :          sépulture à la cathédrale de Louis Joseph DHELIN, François LAFFANON, sergent
10 octobre 1914 :        sépulture à la cathédrale de Moïse TABEAU
16 octobre 1914 :        sépulture à la cathédrale de Lucien DUPRÉ
28 octobre 1914 :        sépulture à la cathédrale de Julien GOSSELIN (Hôp. Militaire)
30 octobre 1914 :        sépulture à la cathédrale de Georges BROSSARD

2 novembre 1914:        sépulture à la cathédrale de Marie MILLOT
4 novembre 1914 :       sépulture à la cathédrale de Marie Joseph GERARD
6 novembre 1914 :       sépulture à la cathédrale de Alphonse MALCEAU
7 novembre 1914 :       sépulture à la cathédrale de Henri LEBEAU et Désiré VILLAME
9 novembre 1914 :       sépulture à la cathédrale de Claude CHAVANON
16 novembre 1914 :     sépulture à la cathédrale de Charles GRIÈRE
25 novembre 1914 :     sépulture à la cathédrale d’Emile GOGLIN

7 décembre 1914 :       sépulture à la cathédrale de François BREMAUD
10 décembre 1914 :     levée de corps à la cathédrale de Roger DOUMECK, lieutenant
14 décembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Albert CLEMENT, et de Robert CHAPELET
18 décembre 1914 :     sépulture à la cathédrale d’Emile SIRON (Hôp. Mixte)
20 décembre 1914 :    sépulture à la cathédrale de Charles MARCHAL (Hôp. Mixte) et
d’Eugène SUZEAU (Hôp. Militaire)
23 décembre 1914 : sépulture à la cathédrale de Pierre LAVAMAUT

 
Offices à la cathédrale
Soldats
total
% des soldats
Septembre
11
28
39,3%
Octobre
11
18
61,1%
Novembre
8
15
53,3%
Décembre
8
18
44,4%




[1]           14-18, Le magazine de la Grande Guerre, n°1  p 5
[2]           AM Auxerre, 4H4
[3]           AM A, 4 H4 lettre du 18 mai 1914.
[4]           BM A, Le Bourguignon, 17 juillet 1914
[5]           BM A, Le Bourguignon, 25 juillet 1914
[6]           BM A, Le Bourguignon, 31 juillet 1914
[7]           BM A, Le Bourguignon, 1er août 1914
[8]           Marie Noël, journal de la grande guerre. BSSY, 1982 p 7
[9]           GUILLAUME, Jean-Charles, Adrien Langumier un militant révolutionnaire dans l’Yonne, BSSY, vol. 120, 1988.
[10]         PANNETON Henri, Ma vie en zig-zag, Arts graphiques 89, 1985 p 53
[11]         Histoire du 4ième Régiment d’Infanterie dans l’Echo d’Auxerre n°35 p36
[12]         BM A, Le Bourguignon, dimanche 2 août 1914
[13]         Histoire du 4ième Régiment d’Infanterie dans l’Echo d’Auxerre n°35 p36
[14]         BM A,  Le Bourguignon Samedi 8 août 1914
[15]         GUILLAUME, Jean-Charles Adrien Langumier, un militant révolutionnaire dans l’Yonne.  BSSY vol. 120 1988.
[16]         Histoire du 4ième Régiment d’Infanterie dans l’Echo d’Auxerre n°35 p36
[17]         BM A, LeBourguignon Mardi 18 août 1914.
[18]         AM A, 4 H4 Avis de radiation.
[19]         BM A, Le Bourguignon, Samedi 8 août 1914
[20]         Marie Noël, journal de la grande guerre. BSSY, 1982 p 12
[21]         BM A, Le Bourguignon, Samedi 1er août 1914
[22]         BM A,  Le Bourguignon Mercredi 5 août 1914
[23]         BM A,  Le Bourguignon Vendredi 14 août 1914
[24]         ADY, Le Bourguignon, Lundi 17 août 1914
[25]         BM A, Le Bourguignon, Samedi 1er août 1914
[26]         BM A, Le Bourguignon, samedi 1er août 1914
[27]         BM A, Le Bourguignon, dimanche 2 août 1914
[28]         traître ? allemands prisonniers ? insoumis ?
[29]         BM A,  Le Bourguignon Vendredi 7 août 1914
[30]         2Fi 1017 restaurant place de la justice, 1018/1019 : Hôtel de l’Épée, 1020 : Touring Hôtel, 1024 : hôtel de Bourgogne.
[31]         AM A, 4 H6, feuillets 40 et 41.
[32]         AM A, 4 H7
[33]         AM A, 4 H7, lettre du 21 novembre 1914.
[34]         AM A, 4 H6, Réquisition militaire
[35]         AM A, 4 H6.
[36]         BM A,  Le Bourguignon Lundi 3 août 1914.
[37]         PANNETON Henri, Ma vie en zig-zag, Arts graphiques 89, 1985 p 0
[38]         AM A, 4 H7 dépenses résultant de la mobilisation générale de 1914.
[39]         AM A, 4 H7 état du personnel pour le « fourneau économique » décembre 14.
[40]         BM A,  Le Bourguignon Lundi 3 août 1914.
[41]         PANNETON Henri, Ma vie en zig-zag, Arts graphiques 89, 1985 p 50
[42]         BM A,  Le Bourguignon Jeudi 6 août 1914
[43]         Marie Noël, journal de la grande guerre. BSSY, 1982 p 13
[44]         PETIT, Stéphanie, Les Veuves de la Grande-Guerre, d’éternelles endeuillées ? Editions du Cygne, 2007  (synthèse parue dans Libération, 3 janvier 2008)
[45]         BSSY, tome 132, année 2000 Laurence DIEUX  Les écoles normales primaires d’Auxerre.
[46]         BM A,  Le Bourguignon Samedi 29 août 1914
[47]         BM A,  Le Bourguignon Lundi 3 août 1914.
[48]         BM A,  Le Bourguignon Mardi 4 août 1914
[49]         prostituées, La pierreuse
                  1. Je fais l' trottoir rue de la Lune, /Je taille un' plum' pour un écu, pour un écu,
                  Dans c' métier-là, pour fair' fortune, /Il faut savoir jouer du cul
                  2. Avec des marlous d' bas étage,/ Je fais un' noce à tout casser,
                  Et c' qui m'étonn', c'est qu'à mon âge,/ Je puisse encor' les fair' bander
                  4. Il m' fout sur l' lit, il m' prend, il m' baise/ Et pendant qu'il s'esquinte à jouir
                  Moi je fais la chasse aux punaises/ Afin d' pouvoir la nuit dormir
                  6. Il aurait pu m' la foutr' dans l' ventre/ J'aurais bien pu ne rien sentir
                  Mais quand c'est dans l' cul qu' ça vous rentre,/ Bordel de Dieu, ça fait souffrir!
                  Refrain : Fous la au lit, fous-la par terre,/ Fous la là ousque tu voudras,
                  Soit par devant, soit par derrière,/ Jamais la garc' ne jou-ira
                  3.Au coin du Faubourg Poissonnière,/ Quand un miché me fait de l'oeil,
                  Il faut me voir pimpante et fière,/ Jamais putain n'eut plus d'orgueil
                  5. J'en suis encor' tout esquintée/ L'avait-il gros ce vieux paillard!
                  J'ai bien cru qu' j'étais éclatée/ Tandis qu'il m'enfonçait son dard
                  7. Je vous le dis en confidence,/ Les homm's, c'est pas ça qu'il nous faut
                  Ca nous procure trop peu d' jouissance/ Pour tout le mal que ça nous vaut
[50]         BM A,  Le Bourguignon Mercredi 5 août 1914
[51]         BM A,  Le Bourguignon Lundi 3 août 1914.
[52]         BM A,  Le Bourguignon Samedi 8 août 1914
[53]         dont le nom à consonnance étrangère y est peut-être pour quelque chose.
[54]         BM A,  Le Bourguignon Mardi 11 août 1914
[55]         BM A,  Le Bourguignon Mercredi 19 août 1914
[56]         BM A,  Le Bourguignon samedi 29 août 1914
[57]         PANNETON Henri, Ma vie en zig-zag, Arts graphiques 89, 1985 p 54
[58]         BM A,  Le Bourguignon jeudi 3 septembre 1914
[59]         AM A 4 H 7,  quittance due à Mme Ballet,  du 31 décembre 1914.
[60]         BM A,  Le Bourguignon vendredi 4 septembre 1914
[61]         Historique du 4ième RI dans Echo de Saint-Pierre d’Auxerre, n° 38 p46
[62]         Marie Noël, journal de la grande guerre. BSSY, 1982 p 18
[63]         BM A,  Le Bourguignon lundi 7 septembre 1914
[64]         BM A,  Le Bourguignon mardi 8 septembre 1914
[65]         Marie Noël, journal de la grande guerre. BSSY, 1982 p 18
[66]         BM A,  Le Bourguignon mercredi 9 septembre 1914
[67]         Marie Noël, journal de la grande guerre. BSSY, 1982 p 19
[68]         Carte du 10 septembre 1914 (collection privée).
[69]         ADY 2R 179 hôpitaux temporaires
[70]         Liste des familles contactées pour la cérémonie de remise des diplômes d’honneur d’avril 1918  Arch. départ. de l’Yonne 2 R 245 ;
[71]         Marie Noël, journal de la grande guerre. BSSY, 1982 p 15
[72]         ADY, Le Bourguignon lundi 7 septembre 1914
[73]           BM A,  Le Bourguignon lundi 7 septembre 1914
[74]           BM A,  Le Bourguignon lundi 7 septembre 1914
[75]         PANNETON Henri, Ma vie en zig-zag, Arts graphiques 89, 1985 p 54
[76]         carte du 10 septembre 1914, Auxerre. (collection privée).
[77]         PANNETON Henri, Ma vie en zig-zag, Arts graphiques 89, 1985 p 11
[78]        « Blessé d’un éclat d’obus à la cuisse, (…) admis à l’hôpital temporaire installé au collège d’Auxerre. Le malheureux y est mort dans la nuit de lundi à mardi, d’une attaque de tétanos. M. Boé était âgé de 28 ans. Il faisiat partie du recrutement de Bordeaux. » BM A, le Bourguignon, mardi 8 septembre 1914
[79]         BM A,  Le Bourguignon mercredi 9 septembre 1914
[80]         PETIT, Stéphanie, Les Veuves de la Grande-Guerre, d’éternelles endeuillées ? Editions du Cygne, 2007  (synthèse parue dans Libération, 3 janvier 2008)
[81]         Le Bourguignon,  30 octobre 1914
[82]         Hôpital militaire.
[83]         ADY 2 R 180 blessés hospitalisés
[84]         AM A 4 H7,  lettre du Maire du 31 décembre 1914 à Mme Ballet pour fournitures de bougies, d’allumettes et de savon faites pour les émigrés.
[85]         AM A 4 H4, lettre du préfet
[86]         AM A 4 H4, lettre du préfet

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